Présentation (fr) / Presentación (es)

A partir de cet automne, le massif du Caroux va être l'objet d'un très vaste plan d'équipement pluriannuel, mené conjointement par la FFME 34, Sport Hérault (l'organisme du Conseil Général 34 en charge des sports), le club local et par l'ONF.

Doté d'un budget conséquent (la somme de 200 000€ a été évoqué lors d'une discussion téléphonique par un responsable de Sport Hérault), ce plan prévoit un équipement des secteurs suivants : Pilier du Bosc (gorges de Madale), Grande et Petite Paroi d'Arles ainsi que le Bastion (gorges de Colombières), Roque Rouge (ou "Esquino d'Aze", versant sud du plateau du Caroux), ainsi que les principales parois des gorges d'Héric. Le reste du massif sera laissé totalement en TA.

Le type d'équipement envisagé est le suivant : tous les relais seront systématiquement pourvus de 2 broches, plus quelques broches "suffisamment aérées" dans les longueurs. Le projet prévoit néanmoins de "favoriser si possible les protections naturelles". Je cite là les mots même de Henri Blanc, un des initiateurs de cette "cure de jouvence".

Les personnes impliquées dans ce projet et en charge de sa réalisation : des BE escalade de la région, Henri Blanc (l'une des figures historiques du massif, ouvreur de très belles classiques). Ce projet a longtemps été porté par le guide Jean-Louis Raynal, autre figure historique locale, malheureusement récemment décédé.

Par cet équipement et ce conventionnement FFME pour le massif, les grimpeurs locaux prétendent répondre à la pression de l'ONF et des propriétaires et ainsi sauver l'escalade dans le Caroux.

Voilà pour les faits...

Pour ceux qui ne le sauraient pas, le Caroux (entre Olargues et Lamalou-les-Bains, à 40 kms au nord de Béziers) est un massif de gneiss exploré depuis les années 1920 par les grimpeurs. Par son histoire, sa roche, ses marches d'approche et la nature des voies ouvertes, qui suivent les (nombreuses) lignes de faiblesse, le Caroux est un terrain "montagne" et non pas "falaise". A l'exception de quelques très rares voies, on y grimpe avec les qualités et le matériel requis pour l'alpinisme (coinceurs, friends, sangles, pitons et marteau, casque, ... et un certain moral).

Jusqu'à présent le Caroux avait échappé à la logique du "tout spit" (à l'exception des équipements sauvages), grâce aux caractéristiques évoquées précédemment. Les amoureux du TA y trouvaient le seul terrain "montagne" de basse altitude et du sud de la France pour s'y entrainer, les groupes de débutants venaient y découvrir les joies de la grimpe "trad", d'autres encore venaient se plonger dans les pages locales d'histoire de l'alpinisme en suivant les traces de Fraissinet et Azéma, de Desmaison, de Flematti, des frères Prat pour les plus connus, mais aussi des figures carousiennes qu'ont été les Maraval père et fils, Guy Pistre, Henri Blanc, les frères Raynal, ... Et tant d'autres encore...

C'est toute cette histoire, tout ce patrimoine qui sont menacés par ce projet. Car nous avons du mal à croire qu'avec un budget de 200 000€, les équipeurs vont réellement respecter l'engagement de valoriser "les protections naturelles". La démarche est par ailleurs déjà viciée : que reste-t-il de "TA" quand les relais sont équipés ? Tous ceux qui ont un peu tourné dans ce massif le savent bien : dans 99% des cas le terrain se prête à une grimpe "propre". Y compris sur les sites concernés par l'équipement. Car, en effet, la liste des secteurs énumérés au début contient les plus belles parois et voies. La logique des promoteurs du projet semblent considérer que les amateurs de TA n'ont droit qu'aux voies de seconde ou troisième importance...

Nous invitons donc tous les grimpeurs qui conçoivent l'escalade comme une activité pluridisciplinaire (alpinisme, TA, grandes voies équipées, couennes), sans exclusive et soucieuse de la pratique de chacun, tous ceux qui sont attachés à préserver un terrain de jeu et un pan d'histoire à se mobiliser afin que le Caroux ne soit pas un énième mauvais remake de Massacre à la perceuse.

Vous pouvez nous contacter aux courriels mentionnés sur ce site et nous faire part de vos sentiments ou initiatives sur le forum Camptocamp.

Rédigé par François Baben et Pascal Degauque le 06 juin 2008

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